Vous jouez ensemble depuis quelques années.
Au début, tout est simple.
Vous répétez dans un sous-sol.
Vous composez.
Vous enregistrez quelques chansons.
Les décisions se prennent autour d’une bière ou d’un verre de kombucha, après les répétitions.
Puis les choses évoluent.
Vous lancez un premier album.
Les spectacles se multiplient.
Les revenus commencent à être substantiels.
Quelqu’un propose d’acheter du matériel. On crée des pages sur les réseaux sociaux. On vend des chandails. On engage une personne pour le son ou la tournée.
Puis un jour, quelqu’un pose la question :
« Est-ce qu’on devrait signer un contrat de groupe? »
C’est (très) bien.
Mais souvent, cette question arrive trop tard.
Parce que le véritable changement ne survient pas lorsque vous signez un contrat.
Il survient lorsque votre groupe cesse tranquillement d’être uniquement un projet d’amis… pour devenir une véritable entreprise.
Et plusieurs groupes ne réalisent jamais que cette transition s’est produite.
Au début, la confiance semble suffisante
La plupart des groupes commencent exactement de la même façon.
On se connaît.
On s’apprécie.
On partage la même vision.
Personne n’a envie de parler de départ, de propriété intellectuelle ou de partage des revenus.
Bien sûr – c’est presque gênant.
Et, en pratique, cette confiance est souvent suffisante pendant un certain temps.
Le problème n’est donc pas l’absence d’un contrat de groupe.
Le problème est plutôt que le groupe évolue… alors que les discussions, elles, stagnent.
Sans vous en rendre compte, vous accumulez des actifs
Un groupe de musique ne possède pas seulement des chansons.
Au fil des années, il accumule une multitude d’actifs.
Pensons notamment :
- au nom du groupe;
- à sa réputation;
- à son logo;
- aux comptes sur les réseaux sociaux;
- à son site Internet;
- à sa liste d’abonnés;
- aux œuvres musicales;
- aux enregistrements sonores;
- aux vidéoclips;
- au matériel de studio;
- aux contrats déjà conclus;
- aux revenus futurs.
Et chaque nouvel actif soulève de nouvelles questions.
Qui en est propriétaire?
Qui prend les décisions?
Qui autorise certaines utilisations?
Souvent, personne n’a réellement pris le temps d’y réfléchir.
Le premier conflit n’est généralement pas la véritable cause
La plupart des groupes ne se séparent pas du jour au lendemain.
Ils accumulent plutôt de petites zones grises.
Une décision qui n’a jamais été prise.
Une attente qui n’a jamais été exprimée.
Une discussion constamment remise au lendemain.
Puis un événement vient tout accélérer : un gros contrat, un départ, une tournée, un succès inattendu.
Ce jour-là, chacun découvre qu’il n’avait pas la même compréhension que les autres.
Prenons l’exemple de ce groupe, dont l’une des membres avait soulevé la pertinence d’établir que tous se partageraient également l’ensemble des revenus.
Incluant la part dite vedette des droits voisins reconnus aux artistes interprètes.
« L’album n’est même pas commencé – reparlons-en ! » de lui répondre la chanteuse du groupe.
Les mois passent.
L’album est commercialisé.
Et les enregistrements tournent à la radio.
Le premier chèque d’Artisti est livré : la chanteuse reçoit 15 000 $, à titre de seule artiste vedette du projet.
Les autres sont-ils seulement accompagnateurs ou plutôt vedettes?
La question est plus délicate avec le chèque en mains.
On entend souvent dire qu’un groupe s’est séparé parce que les membres ne s’entendaient plus.
C’est parfois vrai.
Mais, par expérience, les véritables difficultés commencent souvent beaucoup plus tôt.
Elles apparaissent le jour où certaines questions sont remises à plus tard.
Qui décide si un spectacle est accepté?
À qui appartiennent les prix et les bourses? Au groupe ou aux membres individuellement?
Qui peut négocier une licence de synchronisation?
Les revenus sont-ils toujours partagés également?
Que se passe-t-il si un membre investit beaucoup plus de temps que les autres?
Qui est propriétaire des bandes maîtresses?
Qui conserve les accès aux réseaux sociaux?
Toutes ces questions semblent secondaires…
Jusqu’au jour où elles deviennent essentielles.
Et la vérité…
C’est que plus un groupe connaît du succès, plus les décisions deviennent difficiles à prendre.
Non pas parce que les membres changent.
Mais parce qu’il y a désormais davantage à perdre.
C’est généralement à ce moment que les gens pensent à l’entente.
Le contrat n’est pas la solution
La véritable solution est la discussion.
Le contrat n’est que la trace écrite de cette discussion.
Si les membres n’ont jamais pris le temps de parler de leurs attentes, de leurs objectifs ou de leur façon de prendre des décisions, le meilleur contrat du monde ne réglera pas le problème.
À l’inverse, lorsqu’un groupe a eu ces conversations, la rédaction d’un document devient souvent beaucoup plus simple.
En réalité, un contrat de groupe sert surtout à répondre à une série de questions.
Qui fait quoi?
Qui décide?
Qui possède quoi?
Comment partage-t-on les revenus?
Que se passe-t-il lorsqu’un membre quitte?
Comment accueille-t-on un nouveau membre?
Comment règle-t-on un désaccord?
Ce ne sont pas des questions juridiques.
Ce sont d’abord des questions d’affaires… et de relations humaines.
Le départ d’un membre change tout
Beaucoup de groupes commencent à réfléchir à leur contrat lorsqu’un membre annonce son départ.
Malheureusement, c’est généralement le moment où les réponses deviennent les plus difficiles.
Et que l’esprit des personnes concernées n’est plus à la discussion.
Le groupe peut-il continuer sous le même nom?
Le membre qui quitte conserve-t-il certains droits?
Que deviennent les œuvres créées ensemble?
Qui peut continuer d’exploiter les anciens enregistrements?
Comment seront répartis les revenus futurs?
Que fait-on avec les prix reçus ?
Avec les dates de tournée qui sont déjà prévues pour l’été prochain ?
Il n’existe pas une seule bonne réponse à ces questions.
Mais il existe une mauvaise approche:
attendre qu’elles se présentent pour commencer à y réfléchir.
Un bon contrat protège surtout les relations
Un bon contrat de groupe est un outil de communication.
Il permet de clarifier les attentes.
De répartir les responsabilités.
D’organiser la prise de décision.
De prévoir les situations difficiles avant qu’elles surviennent.
Et, surtout, de préserver les relations lorsque les intérêts des membres commencent à diverger.
Ce n’est pas un manque de confiance.
C’est une façon de protéger cette confiance.
En terminant…
Beaucoup de groupes attendent le premier conflit pour rédiger une entente.
Pourtant, le meilleur moment pour discuter de ces questions est souvent celui où tout va bien.
Ce n’est pas parce que vous manquez de confiance.
C’est précisément parce que vous souhaitez la préserver.
Pour vous aider à amorcer cette réflexion, j’ai préparé une liste aide-mémoire qui regroupe les principales questions qu’un groupe devrait se poser avant de rédiger une entente. Elle couvre notamment la prise de décision, le nom du groupe, le partage des droits, les aspects financiers ainsi que l’arrivée ou le départ d’un membre.
Lorsque ces discussions auront eu lieu, il ne restera essentiellement qu’à mettre vos décisions par écrit. C’est d’ailleurs dans cet esprit que j’ai développé un modèle de contrat de groupe : non pas pour remplacer ces conversations, mais pour vous aider à les structurer et à les mettre par écrit.
S’il faut le répéter : le contrat ne remplace pas la discussion.
Il en est le reflet.