20 février 2026

🎤 Entrevue — Marie-Ève Rochon (Bonsound)

Responsable des éditions chez Bonsound (et lectrice assidue de l’infolettre), Marie-Ève Rochon est une force tranquille avec qui j’ai le plaisir de travailler sur une base régulière… et dont il me fait plaisir de vous partager l’entrevue ce matin ! Un regard très concret et détaillé sur le métier, en ce vendredi ensoleillé!

Bon week-end !

b.

En quoi consiste concrètement ton travail au quotidien ?

Depuis mes débuts au département d’éditions chez Bonsound, je peux affirmer que mes journées ne se ressemblent jamais. Il y a évidemment des tâches quotidiennes et des rencontres hebdomadaires qui demeurent au programme, mais, comme le département assiste également le label dans la gestion des droits de bandes maîtresse, notre travail journalier demeure très varié.

Bien que mon collègue Xavier et moi avons des tâches propres, nous nous partageons tout de même certaines d’entre-elles, ce qui nous permet, tous les deux, de toucher à toutes les facettes du métier. Par exemple, ces derniers jours, j’ai préparé les rapports de redevances envoyés aux auteurs et autrices que nous représentons, terminé un (très long) document qui aidera le label à optimiser ses paiements de droits mécaniques, rédigé des licences pour de récentes synchros, répondu à quelques briefs, préparé la sortie et la distribution, en collaboration avec Session, d’un de nos récents projets de création et préparé tranquillement mes dossiers légués à mon cher collègue avant mes vacances. 

Mais pour résumer plus concrètement le quotidien aux éditions, je collabore avec mon collègue Xavier qui s’occupe principalement des tâches reliées à la recherche de synchro et qui agit aussi à titre d’A&R. Sinon, nous faisons la promotion de notre catalogue d’œuvres, nous faisons les liens, suivis et envois d’informations avec nos partenaires en administration, on fait les suivis et vérifications auprès des diverses sociétés de gestions, la rédaction de licence, l’entrée de données dans nos différents outils de royautés et de promotion d’œuvres, la tenue de notre site web, la recherche de nouveaux contacts et partenaires, assistons à diverses missions d’exports et événements reliés à l’édition musicale, la mise sur pied de projets de créations et j’en passe.

À ton avis, quel est le rôle d’un éditeur et sa pertinence en 2025 ?

Je crois qu’avoir un éditeur dans son équipe demeure un atout important dans la carrière d’un auteur.trice. Tout d’abord, c’est un partenaire d’importance dans tous les aspects de la gestion des droits d’auteur, un élément clé dans la promotion des œuvres et peut aussi être également un soutien au point de vue de la production d’œuvres.

Quels sont les grands défis (actuels ou à l’horizon) qui se rattachent au métier ?

Comme dans tout domaine et profession, il y a toujours un lot de défis et, avec la technologie qui avance à pas de géant, je crois qu’il y en aura encore plus. Je vais donc donner quelques exemples de défis que j’observe dans mon cas. D’abord, il y a maintenant tellement de musique produite, tellement d’artistes/créateurs et de joueurs dans le domaine de l’édition, que pour s’assurer d’être vu et entendu, il faut toujours réfléchir à de nouvelles stratégies, de nouvelles idées, chercher à se réinventer afin de bien promouvoir notre catalogue ici comme ailleurs. Il faut redoubler d’efforts pour ressortir du lot et faire rayonner notre musique. Un autre défi, selon moi, est de convaincre les productions audiovisuelles de mettre la musique québécoise davantage de l’avant. Nous avons la chance, au Québec, d’avoir un véritable joyau d’artistes et d’œuvres (d’hier à aujourd’hui) de qualité, et ce pour tous les goûts. Ça m’attriste donc de ne pas encore assez en entendre dans les projets audiovisuels ou même dans les campagnes publicitaires québécoises. Je suis bien consciente que plusieurs productions ont le souci d’intégrer des œuvres québécoises, mais, à mon humble avis, on devrait encore plus utiliser la musique créée ici. J’aimerais y entendre également plus d’audace, plus de variété.

Quelle est ta plus grande fierté ou ta plus grande réalisation des dernières années ?

Ma plus grande fierté est possiblement d’avoir accepté de développer le département d’éditions chez Bonsound, et ce malgré la peur de l’inconnu qui accompagnait cette nouvelle aventure. J’ai débuté aux éditions from scratch, tout comme dans mon ancien poste d’agente de spectacles. J’ai énormément appris grâce à des mentors, collègues et partenaires sans qui je ne serais pas là aujourd’hui. Ça m’a permis de rencontrer des gens merveilleux, intéressants et passionnés. J’ai fait des essais et des erreurs et je n’ai pas trouvé ça toujours facile mais, avec le recul, je suis fière d’avoir accepté ce défi et d’avoir monté (avec l’aide et la confiance de beaucoup de gens, bien entendu) cette petite entité, ce département où on y met beaucoup de cœur et de labeur.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un.e artiste qui envisage (ou espère) une collaboration avec une maison d’édition ?

Ce que je conseille tout d’abord, c’est de bien s’informer sur les bases de l’édition musicale ainsi que sur le rôle d’un éditeur. Il y a plein de ressources disponibles en ligne et même des formations de base offertes par diverses associations, dont l’APEM. Ton infolettre est d’ailleurs aussi une excellente source d’information et d’éducation. Je conseille également de bien évaluer ses besoins au niveau éditorial avant de faire des approches : j’ai l’impression qu’aux yeux de certains, l’édition musicale ne s’en tient qu’à la synchronisation et, bien que ce soit un aspect très important, il en demeure que l’administration, la recherche de bons alliés d’affaires, le respect des droits d’auteur, l’accompagnement au niveau légal et créatif, parmi d’autres choses, ont aussi

beaucoup d’importance. Il y a plusieurs éditeurs et plusieurs modèles d’affaires différents : il faut donc choisir une formule qui réponde à ses besoins et qui convient le mieux aux attentes.

BONUS : Quel conseil donnerais-tu à la Marie-Eve Rochon d’il y a 10 ans ?

Eh la la… je lui dirai que malgré toute l’anxiété que cette aventure peut lui avoir apporté, le changement fait naître souvent de bonnes choses. Je lui dirais aussi de faire confiance en la vie et de prendre le temps de respirer !