En ce matin pluvieux, il me fait grand plaisir de partager avec vous cette entrevue riche et gĂ©nĂ©reuse avec Laurence Lafond-Beaulne, moitiĂ© du groupe Milk & Bone et lectrice des premiers jours de l’infolettre ;)!
Bonne journée!
b.
En quelques mots, qui es-tu et que fais-tu ?
Allo !
Je suis autrice-compositrice-interprète et moitié du groupe Milk & Bone.
Je vis de la musique professionnellement depuis maintenant 15 ans.
Je siège aussi au conseil d’administration de la SOCAN afin de m’impliquer dans mon industrie et représenter créateur.ices de ma génération et celleux à venir.
À quoi ressemble ton quotidien professionnel ?
Mon quotidien varie beaucoup selon le cycle d’album dans lequel je me trouve. La seule constance, c’est que chaque jour vient avec son bon lot de courriels, haha !
J’essaie quand même de me garder du temps pour chanter, écrire et composer… même si je ne réussis pas toujours à en trouver autant que je voudrais. Je prends aussi un moment chaque jour pour suivre les nouvelles de l’industrie, parce que ça évolue vraiment vite.
Chaque semaine, j’ai une ou deux rencontres avec mes équipes proches pour faire le point sur les projets en cours et ceux à venir.
Sinon, Camille et moi on s’est réparti certaines tâches pour éviter de se brûler et pour mieux jouer sur nos forces et intérêts. Selon les périodes, je vais donc prendre le lead sur plusieurs aspects : la production de spectacles, l’administration et les finances de notre compagnie, les arrangements et l’adaptation des chansons pour la scène, le suivi des commandes de merch, ou encore les échanges avec les ingénieurs pour le mix et le mastering, entre autres.
Tu as une carrière prolifique, autant sur tes projets personnels que tes collaborations — quelles sont les qualités/compétences principales qu’un artiste doit développer pour se démarquer et naviguer sainement dans l’industrie musicale ?
Merci !
J’aurais beaucoup à dire, mais je me contenterai de ceci :
Je pense que la chose la plus importante à comprendre rapidement est qu’avoir un projet musical, c’est commencer une entreprise. C’est nous-mêmes qui devons prendre les rênes du projet. C’est notre travail de motiver nos équipes et collaborateur.ices et non le contraire.
Avoir un business, ça vient aussi avec des responsabilités importantes, légales et financières, vis-à -vis les gens qu’on engage. C’est important d’en prendre conscience tôt, de bien structurer ses affaires rapidement et d’aller chercher l’aide et les conseils nécessaires pour éviter les mauvaises surprises.
Construire son réseau de contacts et se faire voir est primordial, engager des personnes qui ont une vision commune aussi. Être une personne avec qui il est agréable à travailler reste la meilleure façon d’avoir du travail.
Mais surtout !!
Notre travail est exigeant, pour plein de raisons différentes. Il faut faire attention à soi et aux gens autour de nous. J’ai vu et continue à voir beaucoup de gens dans l’industrie, artistes ou non, se brûler. Je pense que c’est possiblement la compétence la plus importante à développer tôt ; s’écouter, se respecter, reconnaitre ses limites et apprendre à les nommer. Notre industrie en demande toujours plus des artistes, c’est impossible de tout faire sans en payer le prix.
Quelle est ta plus grande fierté ou ta plus grande réalisation des dernières années (ou de ta carrière) ?
Ma plus grande fierté est d’avoir réussi à vivre de la musique depuis 10 ans, au sein d’un éco système qui s’est transformé à une vitesse fulgurante.
Au-delà de la longévité, je suis surtout fière d’être restée fidèle à moi-même dans chacun de mes choix créatifs. Je n’ai jamais cherché à entrer dans des cases ni à suivre des tendances au détriment de mon identité artistique.
Pour moi, c’est probablement la chose la plus importante, qui ne rend pas toujours les choses plus faciles, mais ça donne du sens à ce que je fais.
As-tu une équipe ? Si oui, qui sont (ou ont été) les partenaires fondamentaux pour le soutien de ta carrière ?
Oui, je ne sais pas comment je pourrais fonctionner sans aide extérieure. Particulièrement aujourd’hui, il est important de diversifier les sources de revenus que notre musique et nos capacités comme créatrices peuvent nous apporter.
Nous avons essayé plusieurs équipes et structures, mais en ce moment, notre équipe ressemble à ceci ;
– Une coordonnatrice des équipes & gestionnaire du « day to day »
– Un consultant en marketing et stratégie & développement du projet
– Une agente de spectacle au Canada
– Un agent de spectacle aux États-Unis
– Un label (en licence)
– Une maison d’édition
– Une équipe de recherche et gestion de partenariats avec des marques
– Nous engageons des équipes de relations de presses autour des sorties de nouvelle musique.
Pour certaines tâches, nous avons décidé d’opter pour des services à la carte, c’est un modèle qui nous convient mieux actuellement plutôt qu’un contrat sur plusieurs années qui prennent un % sur tous les revenus.
BONUS : Quel conseil donnerais-tu à la Laurence d’il y a 10 ans ?
Je lui dirais de toujours faire confiance à son instinct, qu’il est le meilleur guide.
Je lui dirais aussi surtout qu’il n’y a pas qu’un seul modèle pour réussir dans cette industrie, que le modèle qui lui convient est celui qu’elle décidera de construire de toute pièce selon ses forces et ses réels besoins.
Je lui dirais aussi d’apprendre à bien lire et comprendre des contrats avant de signer quoi que ce soit, de poser des questions en outre cas. Que les belles promesses ne soient pas gage de résultats et de prendre des décisions basées sur des chiffres et des faits.
Je lui dirais qu’il est primordial de comprendre rapidement le fonctionnement complexe de notre industrie afin de prendre des décisions éclairées.
Je lui dirais de faire attention à ses limites et celles des gens autour d’elle, qu’il est important d’apprendre à dire non parfois.
Surtout, je lui dirais de ne pas se perdre dans toute la gestion qui vient avec notre travail et de toujours faire de la place pour créer, car c’est la partie la plus importante de mon travail et surtout celle qui me fait le plus de bien !