16 janvier 2026

🎤 Entrevue — Jean-Christian Aubry (Bonsound)

Il y a de ces rencontres qui marquent les parcours — celle avec Jean-Christian Aubry en est une pour moi. D’abord redoutable négociateur de l’autre côté de la table lors de mes premières négociations avec Bonsound, c’est après quelques rencontres qu’il m’a confié — avec ses partenaires — le mandat de l’accompagner ainsi que toute l’équipe de Bonsound,  à titre d’avocat. Véritable force tranquille, dotée d’une vision claire et d’une compréhension profonde de l’industrie, JC est une figure marquante dans ma vie professionnelle (je ne le dis pas parce qu’il lira cette infolettre!), et c’est un grand plaisir de partager avec vous cette entrevue.

Bonne lecture et bonne journée!

En quelques mots, qui es-tu et que fais-tu ?

Je m’appelle Jean-Christian Aubry. La plupart des gens m’appellent JC. Je suis le directeur général de Bonsound, une compagnie de musique fondée à Montréal il y a un peu plus de 20 ans avec mes amis Gourmet et Yanick. Nous sommes maintenant une grosse équipe, à la fois une maison de gérance d’artistes, un label, une maison d’édition musicale, une agence de booking, un producteur de concerts et un diffuseur de spectacles.

En quoi consiste concrètement ton travail au quotidien ?

Je lis des courriels, j’en écris quelques-uns, je fais des réunions, je regarde des budgets, je réponds à des questions, je lis des contrats, je donne mon avis, je consulte des données, je surveille des indicateurs, j’analyse des rapports. C’est incroyablement excitant… Il m’arrive aussi d’écouter de la musique.

À ton avis, quel est le rôle d’une maison de disques et sa pertinence en 2025 ?

Ce qui a changé dans les dernières années, selon moi, ce n’est pas la pertinence ou non des maisons de disques, ce n’est pas fondamentalement leur rôle non plus, je crois que c’est simplement la fin de leur monopole sur la production et la mise en marché de la musique.

Évidemment, dans le day to day, le rôle d’une maison de disques en 2025 n’est pas exactement le même qu’il était en 1995 ou en 2005. On passait plus de temps à l’époque à imprimer des flyers et à acheter des postes d’écoute chez les disquaires qu’à créer des vidéos TikTok ou à programmer des Marquees sur Spotify.

Mais plus fondamentalement, le rôle d’une maison de disques en 2025 est semblable à ce qu’il était auparavant : accompagner les artistes dans leur développement artistique et commercial; assurer la distribution numérique et physique de leurs enregistrements partout dans le monde (ou dans les marchés clés dans le cas du physique); investir des ressources humaines et financières adéquates dans la mise en marché d’un projet; et fournir une expertise diversifiée en marketing, branding, direction artistique, gestion de droits, comptabilité, négociation de contrats et plus encore, à travers une équipe interne solide, un réseau de partenaires étendu et des relations privilégiées avec différents acteurs de l’industrie (DSPs, magasins de disques, médias, influenceurs, gérants, éditeurs, bookers, programmateurs, etc.)

Je crois que le rôle le plus important dans tout ça, ce qui est la véritable valeur ajoutée d’une maison de disques en 2025, c’est son équipe : son expertise, ses idées, ses conseils, son réseau de contacts, sa façon de travailler, etc. C’est ce qui est plus difficile à trouver ailleurs.

Quels sont les grands défis (actuels ou à l’horizon) qui se rattachent au métier… ou à l’industrie musicale de façon générale?

Depuis que je suis dans le milieu de la musique, nous vivons une sorte de révolution permanente et une redéfinition constante des modèles d’affaires de l’industrie musicale, particulièrement dans le domaine de la musique enregistrée. Cette redéfinition constante s’est faite en réaction à l’apparition de nouvelles technologies, que ce soit dans la façon d’enregistrer de la musique (des bandes magnétiques en studio professionnel au MacBook air dans la chambre à coucher), de l’écouter et de l’acheter (des copies physiques en magasin à l’algorithme de Spotify en passant par le piratage numérique sur Napster, les fichiers légaux sur iTunes, et l’écoute gratuite sur YouTube) ou de la promouvoir (de MySpace à TikTok en passant par Facebook et Instagram).

Depuis peu et dans les prochaines années, c’est assurément l’impact de l’intelligence artificielle sur la production, la consommation et la commercialisation de la musique qui représente le plus grand défi. Est-ce qu’on a vraiment envie d’écouter de la musique non seulement diffusée et « proposée » par l’IA de Spotify, mais aussi composée et enregistrée par la même IA ? Je pense pas. Est-ce que c’est ça qui va se passer quand même pour ben du monde ? Je ne sais pas.

Quelle est ta plus grande fierté ou ta plus grande réalisation des dernières années ?

Depuis les débuts de la compagnie, c’est la même chose, je crois. Ce qui me satisfait le plus, ce qui me donne le goût de continuer à faire ce que je fais, c’est de contribuer au développement de la carrière d’artistes que j’admire, de contribuer à les faire découvrir et à amplifier leur voix. Et ce qui me rend le plus fier, c’est d’apporter cette contribution à travers une compagnie qui offre aux artistes des conditions contractuelles et financières équitables, transparentes et avantageuses, notamment en leur laissant la pleine propriété de leurs œuvres et de leurs enregistrements.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu Ă  un.e artiste qui envisage une collaboration avec une maison de disques ?

De s’assurer d’être prêt à collaborer. Collaborer, c’est travailler ensemble vers un but commun. C’est mettre en commun ses compétences, ses connaissances et ses ressources. Pour collaborer, il faut avoir de l’écoute et une ouverture aux idées des autres, avoir la capacité de discerner ses forces et ses faiblesses, savoir se concentrer sur ce qu’on fait le mieux et faire confiance aux autres pour le reste et être capable de partager le contrôle sans renoncer à sa vision artistique.

BONUS : Quel conseil donnerais-tu au Jean-Christian Aubry d’il y a 20 ans ?

Entoure-toi d’artistes, de collègues et de collaborateurs qui partagent tes valeurs. 

L’authenticité, c’est important pour toi. L’originalité aussi. L’honnêteté, la transparence, le respect et la bienveillance, c’est fondamental. Tu ne veux pas collaborer avec des gens pour qui tout ça n’est pas si important. Tu ne veux pas côtoyer des gens qui recherchent le succès plutôt que l’accomplissement.