3 avril 2026

🎤 Entrevue — Anomalie

C’est lors d’un atelier organisé pour ma classe à l’Université de Sherbrooke que j’ai rencontré pour la première fois Nicolas — ayant suivi sa carrière de près depuis ses débuts, c’était un réel honneur qu’il accepte mon invitation et vienne partager son parcours et son talent avec la classe.

RĂ©sultat : tous les regards de la classe, y compris le mien, Ă©taient soit rivĂ©s vers les touches de son piano et ses mains qui allaient Ă  une vitesse hallucinante, soit accrochĂ©s Ă  ses lèvres pour profiter de ses explications dĂ©taillĂ©es.

Un artiste d’une exceptionnelle virtuosité et générosité qu’il m’a fait grand plaisir de rencontrer… et dont je suis heureux de partager l’entrevue avec vous !

Bonne journée !

b.

En quelques mots, qui es-tu et que fais-tu ?

Je suis claviĂ©riste et producteur/beatmaker! Je me produis sur scène et en ligne sous le nom d’Anomalie. Pour les albums, on parle d’un projet principalement instrumental et solo, mais, sur scène, on prĂ©sente ça sous la forme de « Anomalie Live » avec 4 musiciens sur scène (Gabriel Ă  la basse, Alexis au deuxième clavier et Ronny Ă  la batterie). Je fais de la musique jazz-Ă©lectro, influencĂ©e par des Ă©lĂ©ments provenant du hip-hop, du jazz fusion et de la musique classique ! Le « spectre » stylistique varie d’un album Ă  l’autre mais, en gros, ça tourne autour de ces rĂ©fĂ©rences-lĂ  avec quelques constantes, notamment l’harmonie jazz et les solos. 

2. Ă€ quoi ressemble ton quotidien professionnel ? 
Mon quotidien tourne autour de mes « cycles » d’albums — je travaille pendant une pĂ©riode indĂ©terminĂ©e pour Ă©laborer, crĂ©er et pratiquer tous les jours afin qu’un album ou un projet musical en ressorte (j’appelle ça le mode « ermite »). On rentre ensuite en pĂ©riode de rĂ©pĂ©titions avec le band pour rĂ©arranger et monter les pièces + des interludes spĂ©cifiques Ă  cette version du spectacle. S’ensuit un cycle de tournĂ©e, gĂ©nĂ©ralement d’environ deux ans et demi oĂą on se lance dans des blocs ou des segments en AmĂ©rique, en Europe et en Asie + des festivals et ce qu’on appelle des « one-offs » Ă  l’occasion. Ă€ travers tout ça, je collabore avec d’autres artistes en participant Ă  des projets variĂ©s (gĂ©nĂ©ralement en enregistrant du piano ou des claviers) puis j’enseigne l’harmonie, l’arrangement et la production en tournĂ©e sous la forme d’ateliers avant chaque spectacle ainsi que dans des Ă©coles oĂą on m’invite. 

3. Tu as une carrière prolifique, autant sur le plan personnel que des collaborations — quelles sont les qualités/compétences principales qu’un artiste doit développer pour se démarquer et naviguer sainement dans l’industrie musicale ?

Pour moi, tout commence avec l’humilitĂ© et le respect — ça peut paraĂ®tre Ă©vident ou banal mais ça facilite la plus grande partie du travail et des opportunitĂ©s de collaborations. C’est encore plus pertinent pour la tournĂ©e, oĂą 95 % du temps passĂ© ensemble n’est pas sur scène — c’est essentiel. On ne peut pas garantir ou forcer une affinitĂ© ou une chimie avec tout le monde et c’est normal d’avoir de moins bonnes journĂ©es ou de plus ou moins « cliquer » avec quelqu’un, c’est la vie, mais l’ouverture qui va avec cette mentalitĂ©-lĂ  pour moi est synonyme de professionnalisme rĂ©el. Ensuite, le savoir-faire. une identitĂ© musicale claire et une certaine aisance vis-Ă -vis son instrument et/ou ses outils de prĂ©dilection, choses qu’on atteint en prenant le temps de raffiner ses habiletĂ©s et en se donnant la chance d’explorer et de se connaĂ®tre (ça fluctue et Ă©volue constamment mais ça demande un investissement de temps initial considĂ©rable), c’est l’autre facteur clĂ©. Finalement, c’est primordial d’avoir ou du moins d’essayer de dĂ©finir une vision pour un projet. Un des aspects principaux aujourd’hui, c’est de dĂ©terminer la façon dont on se « prĂ©sente », surtout en ligne, sur les rĂ©seaux sociaux, sur YouTube, mais aussi sur scène, quitte Ă  essayer des choses pour lĂ  aussi essayer de se trouver et d’atteindre quelque chose qui nous correspond et qui est soutenable. Ça facilite Ă©normĂ©ment le travail en Ă©quipe et aussi le stade oĂą il faut dĂ©lĂ©guer quand tout part d’une vision centrale et dĂ©finie par l’artiste en tant que tel. 

4. Quelle est ta plus grande fierté ou ta plus grande réalisation des dernières années (ou de ta carrière) ?
Je crois que c’est la dimension de la pièce « velours » — c’est comme si cette pièce-lĂ  a fait son propre chemin et ça me dĂ©passe un peu. Chaque annĂ©e, une des vidĂ©os oĂą le band ou juste moi jouons cette pièce-lĂ  refait surface quelque part sur une plateforme et redevient virale. C’est comme ça depuis 2017 et ça n’a pas encore arrĂŞtĂ©, c’est assez impressionnant (et mĂŞme lĂ©gèrement Ă©tourdissant). Je suis reconnaissant que ça nous ait permis de voyager un peu partout dans le monde et que ça ait pratiquement lancĂ© ma carrière Ă  un niveau que je ne pouvais pas m’imaginer avant ça !

5. As-tu une équipe ? Si oui, qui sont (ou ont été) les partenaires fondamentaux (pas besoin de nommer spécifiquement les personnes concernées) pour le soutien de ta carrière ? [Si tu n’as pas d’équipe à proprement dit, j’aimerais tout de même t’entendre sur l’enjeu de savoir s’entourer et du réseau de contacts]

Je dois beaucoup Ă  mon premier gĂ©rant, Alec, qui a travaillĂ© 5 ans avec moi et m’a carrĂ©ment Ă©duquĂ© par rapport Ă  beaucoup d’aspects de l’industrie, de la tournĂ©e et des particularitĂ©s de ce monde-lĂ . Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir des partenaires de confiance que j’apprĂ©cie beaucoup — mes gĂ©rantes, Hillary et Eva, mes agents Jason et Kevin pour l’AmĂ©rique et l’Europe, plusieurs amis et partenaires promoteurs pour l’Asie, mon Ă©diteur Stephen et bien entendu mon Ă©quipe de tournĂ©e : Mathieu au son, puis Alexis, Gabriel et Ronny du band. C’est crucial de s’entourer de gens compĂ©tents, de confiance et avec qui on s’entend bien !

6. Pour terminer, en tant qu’artiste, tu es Ă©videmment aux premières loges du showbusiness— quels sont les grands dĂ©fis (actuels ou Ă  l’horizon) que tu constates ou anticipesconcrètement dans ta carrière ?

MĂŞme si je suis très redevable envers les rĂ©seaux sociaux comme une portion non nĂ©gligeable de mon succès est attribuable en partie Ă  l’usage que j’en ai fait mais aussi Ă  l’élĂ©ment alĂ©atoire et partiellement imprĂ©visible qu’ils reprĂ©sentent, c’est très particulier d’être Ă  la merci d’algorithmes qui Ă©voluent constamment et qui priorisent de plus en plus la possibilitĂ© d’une viralitĂ© soudaine tout en accordant de moins en moins d’importance au dĂ©veloppement rĂ©el et durable d’un public ou de « followers ». Il y aussi bien entendu la question de l’IA, qui s’immisce un peu partout et reprĂ©sente un enjeu Ă©thique assez troublant, mais qui peut aussi faire en sorte qu’on valorise davantage les spectacles, le fait de ressentir quelque chose de rĂ©el face Ă  de « vrais » musiciens et qu’on accorde plus d’importance Ă  l’acte de documenter le processus crĂ©atif. Je demeure assez positif dans l’ensemble, mais prudent et lĂ©gèrement craintif par rapport aux dĂ©rives potentielles de ces deux aspects-lĂ . 

7. BONUS : Quel conseil donnerais-tu au Nicolasd’il y a 10 ans ?
J’ai une tendance lĂ©gèrement obsessive compulsive qui m’a aidĂ© dans plusieurs scĂ©narios mais qui m’a aussi nui et brĂ»lĂ© dans d’autres. J’ai compris plus rĂ©cemment l’importance de l’équilibre de vie et mĂŞme si je suis reconnaissant du cheminement, de mon parcours et des leçons que j’ai pu en tirer Ă  travers les annĂ©es, il y a quelques instances oĂą je me dis que ça aurait bien d’en ĂŞtre plus conscient, donc c’est de ça que je parlerais au Nicolas d’il y a 10 ans 🙂