C’est lors d’un atelier organisé pour ma classe à l’Université de Sherbrooke que j’ai rencontré pour la première fois Nicolas — ayant suivi sa carrière de près depuis ses débuts, c’était un réel honneur qu’il accepte mon invitation et vienne partager son parcours et son talent avec la classe.
Résultat : tous les regards de la classe, y compris le mien, étaient soit rivés vers les touches de son piano et ses mains qui allaient à une vitesse hallucinante, soit accrochés à ses lèvres pour profiter de ses explications détaillées.
Un artiste d’une exceptionnelle virtuosité et générosité qu’il m’a fait grand plaisir de rencontrer… et dont je suis heureux de partager l’entrevue avec vous !
Bonne journée !
b.
En quelques mots, qui es-tu et que fais-tu ?
Je suis claviériste et producteur/beatmaker! Je me produis sur scène et en ligne sous le nom d’Anomalie. Pour les albums, on parle d’un projet principalement instrumental et solo, mais, sur scène, on présente ça sous la forme de « Anomalie Live » avec 4 musiciens sur scène (Gabriel à la basse, Alexis au deuxième clavier et Ronny à la batterie). Je fais de la musique jazz-électro, influencée par des éléments provenant du hip-hop, du jazz fusion et de la musique classique ! Le « spectre » stylistique varie d’un album à l’autre mais, en gros, ça tourne autour de ces références-là avec quelques constantes, notamment l’harmonie jazz et les solos.
2. À quoi ressemble ton quotidien professionnel ?
Mon quotidien tourne autour de mes « cycles » d’albums — je travaille pendant une période indéterminée pour élaborer, créer et pratiquer tous les jours afin qu’un album ou un projet musical en ressorte (j’appelle ça le mode « ermite »). On rentre ensuite en période de répétitions avec le band pour réarranger et monter les pièces + des interludes spécifiques à cette version du spectacle. S’ensuit un cycle de tournée, généralement d’environ deux ans et demi où on se lance dans des blocs ou des segments en Amérique, en Europe et en Asie + des festivals et ce qu’on appelle des « one-offs » à l’occasion. À travers tout ça, je collabore avec d’autres artistes en participant à des projets variés (généralement en enregistrant du piano ou des claviers) puis j’enseigne l’harmonie, l’arrangement et la production en tournée sous la forme d’ateliers avant chaque spectacle ainsi que dans des écoles où on m’invite.
3. Tu as une carrière prolifique, autant sur le plan personnel que des collaborations — quelles sont les qualités/compétences principales qu’un artiste doit développer pour se démarquer et naviguer sainement dans l’industrie musicale ?
Pour moi, tout commence avec l’humilité et le respect — ça peut paraître évident ou banal mais ça facilite la plus grande partie du travail et des opportunités de collaborations. C’est encore plus pertinent pour la tournée, où 95 % du temps passé ensemble n’est pas sur scène — c’est essentiel. On ne peut pas garantir ou forcer une affinité ou une chimie avec tout le monde et c’est normal d’avoir de moins bonnes journées ou de plus ou moins « cliquer » avec quelqu’un, c’est la vie, mais l’ouverture qui va avec cette mentalité-là pour moi est synonyme de professionnalisme réel. Ensuite, le savoir-faire. une identité musicale claire et une certaine aisance vis-à -vis son instrument et/ou ses outils de prédilection, choses qu’on atteint en prenant le temps de raffiner ses habiletés et en se donnant la chance d’explorer et de se connaître (ça fluctue et évolue constamment mais ça demande un investissement de temps initial considérable), c’est l’autre facteur clé. Finalement, c’est primordial d’avoir ou du moins d’essayer de définir une vision pour un projet. Un des aspects principaux aujourd’hui, c’est de déterminer la façon dont on se « présente », surtout en ligne, sur les réseaux sociaux, sur YouTube, mais aussi sur scène, quitte à essayer des choses pour là aussi essayer de se trouver et d’atteindre quelque chose qui nous correspond et qui est soutenable. Ça facilite énormément le travail en équipe et aussi le stade où il faut déléguer quand tout part d’une vision centrale et définie par l’artiste en tant que tel.
4. Quelle est ta plus grande fierté ou ta plus grande réalisation des dernières années (ou de ta carrière) ?
Je crois que c’est la dimension de la pièce « velours » — c’est comme si cette pièce-là a fait son propre chemin et ça me dépasse un peu. Chaque année, une des vidéos où le band ou juste moi jouons cette pièce-là refait surface quelque part sur une plateforme et redevient virale. C’est comme ça depuis 2017 et ça n’a pas encore arrêté, c’est assez impressionnant (et même légèrement étourdissant). Je suis reconnaissant que ça nous ait permis de voyager un peu partout dans le monde et que ça ait pratiquement lancé ma carrière à un niveau que je ne pouvais pas m’imaginer avant ça !
5. As-tu une équipe ? Si oui, qui sont (ou ont été) les partenaires fondamentaux (pas besoin de nommer spécifiquement les personnes concernées) pour le soutien de ta carrière ? [Si tu n’as pas d’équipe à proprement dit, j’aimerais tout de même t’entendre sur l’enjeu de savoir s’entourer et du réseau de contacts]
Je dois beaucoup à mon premier gérant, Alec, qui a travaillé 5 ans avec moi et m’a carrément éduqué par rapport à beaucoup d’aspects de l’industrie, de la tournée et des particularités de ce monde-là . Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir des partenaires de confiance que j’apprécie beaucoup — mes gérantes, Hillary et Eva, mes agents Jason et Kevin pour l’Amérique et l’Europe, plusieurs amis et partenaires promoteurs pour l’Asie, mon éditeur Stephen et bien entendu mon équipe de tournée : Mathieu au son, puis Alexis, Gabriel et Ronny du band. C’est crucial de s’entourer de gens compétents, de confiance et avec qui on s’entend bien !
6. Pour terminer, en tant qu’artiste, tu es évidemment aux premières loges du showbusiness— quels sont les grands défis (actuels ou à l’horizon) que tu constates ou anticipesconcrètement dans ta carrière ?
Même si je suis très redevable envers les réseaux sociaux comme une portion non négligeable de mon succès est attribuable en partie à l’usage que j’en ai fait mais aussi à l’élément aléatoire et partiellement imprévisible qu’ils représentent, c’est très particulier d’être à la merci d’algorithmes qui évoluent constamment et qui priorisent de plus en plus la possibilité d’une viralité soudaine tout en accordant de moins en moins d’importance au développement réel et durable d’un public ou de « followers ». Il y aussi bien entendu la question de l’IA, qui s’immisce un peu partout et représente un enjeu éthique assez troublant, mais qui peut aussi faire en sorte qu’on valorise davantage les spectacles, le fait de ressentir quelque chose de réel face à de « vrais » musiciens et qu’on accorde plus d’importance à l’acte de documenter le processus créatif. Je demeure assez positif dans l’ensemble, mais prudent et légèrement craintif par rapport aux dérives potentielles de ces deux aspects-là .
7. BONUS : Quel conseil donnerais-tu au Nicolasd’il y a 10 ans ?
J’ai une tendance légèrement obsessive compulsive qui m’a aidé dans plusieurs scénarios mais qui m’a aussi nui et brûlé dans d’autres. J’ai compris plus récemment l’importance de l’équilibre de vie et même si je suis reconnaissant du cheminement, de mon parcours et des leçons que j’ai pu en tirer à travers les années, il y a quelques instances où je me dis que ça aurait bien d’en être plus conscient, donc c’est de ça que je parlerais au Nicolas d’il y a 10 ans 🙂